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Le 4 juillet 2010, Daniel Schenk a pris part à l’Ironman Austria à Kärnten et y a réalisé sa meilleure performance dans un Ironman dans la catégorie d’âge 45-49, en prenant une excellente 18ème place. Ci-après, le compte rendu de sa course.
Ironman Kärnten 2010 Récit de la course de Daniel Schenk
Environ 10'000 spectateurs sont rassemblés sur les 3 pontons au bord du Wörthersee, paré de couleur turquoise pour l’occasion. Une tension à la fois enivrante et électrique est perceptible en ce magnifique dimanche matin aux aurores, peu avant 07heures. Selon les prévisions, la température devrait grimper aux alentours de 34° C : une météo idéale pour le triathlon. Après une dernier au-revoir à ma compagne, je me sens soudain bien seul engoncé dans ma combi néoprène, parmi les 2‘600 athlètes au départ. L’année de préparation écoulée se déroule comme un film dans ma tête et aux souvenirs se mélange un très grand respect du défi qui m’attend. Je sens des larmes picoter mes yeux et lorsque je scrute les visages de mes compagnons d’aventure, il me semble y reconnaître les mêmes sentiments.
A 7heures précises, le départ est donné sous un tonnerre d’applaudissements des spectateurs. La musique rythmée et entraînante et le feu d’artifices sur le lac chassent mes dernières pensées. Enfin la libération. Je suis là, je suis en bonne santé et je ne ressens plus qu’une immense joie de participer à la grande aventure de l’Ironman.
Au cours des dix premières minutes, il s’agit de trouver son rythme et surtout suffisamment d’eau. Ayant pris le départ du mauvais côté, il m’a fallu traverser tout le champ de nageurs pour atteindre la première bouée, mais heureusement sans dégâts majeurs. Etant donné que je préfère nager dans les bords et non pas au milieu de tous les nageurs, je constate rapidement que je suis en train d’effectuer un parcours de slalom, étant constamment obligé de corriger mon cap. Les derniers 900 mètres dans le canal de la Lind sont évidemment de répérage plus aisé. En sortant de l’eau, je suis plutôt déçu de ma prestation natatoire réalisée en 01 :04. Je m’attendais à nager en dessous de l’heure avec ma nouvelle combi néoprène.
J’ai rapidement chassé ces pensées de mon esprit, ayant maintenant à me concentre sur la zone de transition. La première étape est terminée – autosuggestion positive – place au parcours vélo, que je ne connais que sur descriptif. Tout au long d’un IM, je me motive constamment avec les objectifs à venir et pour lesquels je peux me réjouir. Concrètement, à ce stade de la course, je me réjouis d’être sorti de l’eau et de bientôt sentir le vent de la course balayer mon visage.
Les 15 premiers kilomètres le long du Wörthersee sont plats et adaptés à un échauffement progressif. Puis commence la première montée au Faakersee et de là, la première « Alpe d’Huez » du jour. Malgré une chaleur de 30°C, un cordon humain vous procure la chair de poule et donne l’énergie nécessaire pour dompter ce briseur de rythme. Une longue descente emmène les cyclistes aux prochaines grimpettes par paliers, jusqu’au point culminant du parcours, le Rupertiberg. Là encore, un cordon humain vous donne des sensations d‘“Alpe d’Huez“. C’est extraordinaire. Il ne reste ensuite que de la descente, entrecoupée de quelques petites bosses, jusqu’à l’arrivée, où se situe le départ pour la 2ème boucle de 90 km.
Je connais désormais le parcours et peux me réjouir pour les deux point culminants de la boucle. Jusque là, j’ai bien surveillé ma fréquence cardiaque et constaté être dans l’objectif fixé. J’ai presque mieux tourné au 2ème tour, et je me sens vraiment bien. J’arrive dans la zone de transition avec un temps de 04 :58 et me réjouis de cette performance. Pour la première fois, j’ai réussi à tenir une cadence supérieure à 36 km/h, et je ne me sens même pas entamé.
Lors de la transition vélo / course à pied, je perds un temps précieux, car je ne trouve pas où déposer ma bicyclette. Tant pis, encore dopé par mon chrono vélo, je pars pour le marathon. Le dernier volet de cette longue journée a maintenant débuté, j’ai aperçu ma compagne et mes jambes sont déliées. Je me sens des ailes grâce à toute la situation, à l’ambiance et aux spectateurs.
Le parcours course à pied nous emmène deux fois à Krumpendorf, au bas du Wörthersee, avant de remonter au centre de Klagenfurt pour tourner autour du dragon, emblème de la ville. Les 20 premiers kilomètres permettent une nouvelle fois de découvrir le parcours. Il y a des spectateurs partout. Et entretemps, le thermomètre a allègrement dépassé les 30°C. J’apprécie particulièrement cette météo, ce qui n’est toutefois pas le cas de tous les participants. Jusqu’au soir, environ 20 % des athlètes auront abandonné. La plupart d’entre eux sur le marathon.
Ce qui m’a semblé le plus étrange sur le parcours course à pied, c’est le passage à travers le centre de Klagenfurt, où nous longeons les cafés de boulevard. Nulle part ailleurs au cours de cette journée le contraste n’aura été plus grand entre les touristes attablés devant un repas appétissant, assistant aux efforts de triathlètes marqués et suants. Mais quelque part, cette différence n’est même pas dérangeante.
Encore sur le nuage de ma bonne performance, j’ai sonné la cloche pour la dernière fois la cloche vers le dragon et me dirige vers l’aire d‘arrivée. J’ai dû m’appliquer au cours des dix derniers kilomètres à temporiser un peu mon allure et à me concentrer sur ma cadence. Ce que j’ai réussi.
J’entends de loin les flonflons de la musique et la voix du speaker dans l’aire d’arrivée et je n’arrive qu’à grand peine à refouler les émotions qui me submergent. « J’y suis presque, ma journée va se terminer tout soudain… et je vais réaliser ma meilleure performance ». Et ma journée se termine comme elle a commencé, avec des larmes qui picotent les yeux – mais pas la moindre fatigue lorsque je me dirige vers la ligne d’arrivée à travers la foule de spectateurs, en ressentant une nouvelle fois avec force qu’en quelques secondes l’on oublie tout le passé, tous les efforts consentis pour arriver jusque-là, pour ne garder que les souvenirs et les sensations qui vont nous accompagner pour toujours.
J’ai franchi la ligne d’arrivée en 09:50:22, et je félicite tous les athlètes autour de moi. Je suis également satisfait de mon marathon réalisé en 03:37. Et soudain, je ressens les cloques qui se sont formées sous mes pieds, et mes quadriceps qui ont juste envie de faire grève. Quelle importance, cela en valait la peine. Klagenfurt a été une aventure merveilleuse et je suis reconnaissant que cela ait si bien marché. Ces prochains jours, je vais définir l’objectif de l’année prochaine. |